to a écrit : 27 févr. 2023 21:16
En voilà un beau canot qui flotte !
Quelles ont été les premières impressions de navigation, après le stress, le doute, la joie, l'euphorie et la décompression ?
Bonne navigation à l'Hypoténuse, et bon apéro dans son fameux carré
Eh oui, ça y est. J'ai été silencieux sur le sujet parce que très occupé à installer le gréement, qui est toujours plus compliqué que sur les dessins, et à régler toutes sortes de détails laissés pour le jour hypothétique et lointain où, enfin, le bateau toucherait l'eau, et puis ce jour est arrivé presque sans que je m'en rende compte bien que l'ayant espéré de toutes mes forces. Ensuite, plusieurs personnes, dont mon frère qui vient de Bretagne, attendaient de participer à l'évènement. Il fallait que le jour annoncé le lancement puisse se faire.
L'Hypoténuse devant la déchetterie
Au préalable, sur idée de Donca, l'Hypoténuse a été sortie pour vérifier le comportement en remorque, et nous sommes aller peser l'attelage à la déchetterie locale (les employés ont été très sympathiques et enthousiastes, merci à eux).
Ce fut un peu la douche froide : la bateau+ la remorque = 790kg . Bateau seul : 630kg tout armé (moteur, mouillage léger, gréement...)
Je me doutais que j'avais dépassé mes prévisions, mais pas à ce point.
Ceci augmenta mon désir de voir l'Hypoténuse sur l'eau. pour savoir à quel point j'allais être déçu.
Jour "J"
La mise à l'eau a été facile, et le ponton qui borde presque la cale a facilité les choses. Je le confie aux copains le temps de garer la bagnole, et je reviens prestement. Enthousiastes, ils l'avaient soigneusement amarré et n'attendaient que moi pour aider à mâter.
Le voir au retour amarré au ponton a été un moment d'étonnement et d'émerveillement, (mes gribouillages étaient devenus réalité) fugace car le temps était à l'action et pas à la contemplation.
J'ai ouvert le remplissage des ballast, et ils se sont remplis assez rapidement.
Le bateau est plus enfoncé dans l'eau que prévu, c'était prévisible.
Une fois le ballast rempli, on peut marcher à plusieurs sans précaution de stabilité. Plus stable que l'Edel 2 , dit mon frère qui en a possédé un.
Le 4cv à petit régime déhale sans problème l'Hypoténuse, mais nous avons hâte de voir la bête sous voile. Désolé Maître Padelis, je n'ai pas de photo dans cette configuration.
Le vent devenait de plus en plus modéré, mais nous en avons eu assez pour sentir le bateau.
Il réagit bien à la barre, qui est très douce. Il semble équilibré du premier coup (je pensais qu'il serait légèrement mou car j'ai laissé le bout dehors un peu plus long que sur le dessin, me disant que si nécessaire, le raccourcir était plus facile que de le rallonger).
Il y a un grand pli dans la GV, dans le sens point d'écoute-point de drisse : des difficultés à étarquer, ou corne trop souple.
On sent une certaine masse, et il n'accélère pas dans les risées comme mon skerry, mais c'était attendu et logique.
Retour au port pour aller chercher les deux copains, et nous voilà repartis.
Le cockpit est trop chargé, et le plancher se mouille. Le bateau est trop lourd de l'arrière, mais la balade est sympathique.
Il se cale sur le bouchain, et en s'y mettant à deux dont un poids-lourd sur un même bord en se tenant aux haubans, on sent très nettement qu'il serait difficile de lui donner plus de gite.
Les virements sont faciles, si ce n'est que les dérives demandent à être lestées plus que ça. On les pousse avec la gaffe, et ça va bien pour cette journée.
Je me promène sur mon bateau pendant que mon frère est à la barre. J'adore ! j'ai la sensation qu'il est plus gros qu'en réalité (le bateau, pas mon frère). C'est ce que j'espérais : un bateau sur lequel on puisse bouger sans crainte, assez confortable pour ne pas être pressé de le quitter, et assez petit et léger pour pouvoir le ramener chez soi sans posséder une grosse bagnole.
Je mouille par un petit mètre de fond en un lieu que nous surnommons "Le lagon" (mais d'autres l'appellent "Tahiti", par exemple) le temps d'un café dans le cockpit avant de rentrer.
Ci-dessous : Le capitaine, assez peu modeste se pavanant comme un paon :
La pompe de vidange des ballasts n'a pas eu à fonctionner très longtemps pour vidanger les 350 litres d'eau du lac, ce qui est une excellente surprise. Autre bonne surprise, l'Hypoténuse remonte volontiers sur sa remorque, et mon petit 70cv diésel sort le tout de la cale sans problème.
Je suis impatient de procéder à des essais de chavirage quand la saison sera plus agréable. selon les résultats, il est possible que je condamne une partie des ballasts, faisant d'une pierre deux coups : alléger le bateau et augmenter les volumes de flottabilité.
J'ai maintenant une liste d'une quinzaine de points à modifier ou améliorer, + toutes sortes de bricoles à terminer ou finaliser, mais je sais qu'en dépit de la masse que j'ai largement sous évaluée (tombant ainsi dans un piège classique) j'aurai plaisir -j'ai déjà plaisir- à naviguer à bord de l'Hypoténuse.
Aujourd'hui c'est un peu le calme après la tempête. Je vais pouvoir me consacrer à d'autres tâches laissées en souffrance, en parallèle à ces modifs. Je vais aussi devoir changer de remorque, ( celle-ci étant en surcharge et n'étant pas freinée) modifier le portail de ma maison...
Un grand merci à ceux qui ont été les accoucheurs : Philippe, (mon grand-frère) qui est venu de Bretagne apporter son expérience de skipper, Donca ( bien connu sur ce forum) et Laurent, de joyeux, efficaces et enthousiastes compagnons de navigation. Ils ont été précieux à tous points de vue. C'est grâce à eux que ce lancement a pu se faire dans de bonnes conditions. Je leur doit aussi les photos
Je ne veux pas faire mon Michel Drucker, mais merci aussi aux membres du forum dont les remarques, suggestions et réflexions m'ont aidé à cogiter mon projet. Et enfin, merci ma Louloute adorée, qui me pousse et m'encourage .
J'ai commencé à dessiner ce bateau il y a trois ans, avec trois neurones et peu d'expérience. Ce projet qui n'est pas grand-chose pour un constructeur averti, était un pari un peu osé pour moi. Mais il allait bien flotter au moins un petit peu, cet esquif. Sa construction fut une petite aventure, et aussi une thérapie après un drame familial : quel que soit mon état mental ou ce qui se passe dans le monde, au bout d'une demi-heure sur le chantier, je me mets à siffloter)
Une autre petite aventure commence : celle des navigations.
Fred