Récit pour les soirées d'hiver-Saint Erwan

Au comptoir on discute de tout et de rien.. du temps, de l'humeur du capitaine..

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Bert05
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Re: Récit pour les soirées d'hiver-Saint Erwan

Message non lu par Bert05 »

quel suspens ! j' en suis tout pâle, presque vert ;-)
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wedell
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Re: Récit pour les soirées d'hiver-Saint Erwan

Message non lu par wedell »

Ah.. Nous avons là un maître du suspens...
Rassure-moi, to, il est comme ça au naturel ou tu le payes à la ligne avec le fond de caisse?
Le bois, c'est comme du contreplaqué massif en plus beau.
Pierre Desvaux
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Re: Récit pour les soirées d'hiver-Saint Erwan

Message non lu par Pierre Desvaux »

"A t'on des nouvelles de Monsieur de Saintroch ?"
saintroch
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Re: Récit pour les soirées d'hiver-Saint Erwan

Message non lu par saintroch »

Comment? Vous êtes encore là?
Non, je n'ai pas encore coulé, je vous reviens vite!! :P
old gaffeur
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Re: Récit pour les soirées d'hiver-Saint Erwan

Message non lu par old gaffeur »

Bien sûr qu'on est là: un récit pareil, tu penses bien qu'on veut connaitre la suite et la fin! :)
Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries que de mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes
(proverbe Shadok - J. Rouxel)
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Re: Récit pour les soirées d'hiver-Saint Erwan

Message non lu par saintroch »

Oh merci compagnons d'hiver :tchin:

« Il chante ! », m’étais-je exclamé.
Lorsque j’étais descendu dans le carré, cette chanson m’a tout-de-suite sauté aux oreilles. Tous les bruits extérieurs légèrement assourdis par l’habitacle, j’entendais clairement les grincements, les chuintements, les petits craquements du Saint Erwan. Je le savais : je voulais ces sons ! Ce bois qui travaille comme à présent, tordu, plié, ployé, suspendu puis frappé, au gréement gémissant, au bel espar d’Oregon renvoyant les forces en jeu aux membrures ployées pour résister.
J’aime ces bruits même s’ils renvoient à la crainte du marin, se demandant parfois si tout cela va tenir, du vieil acacia devenu plus cassant au fil du temps (?) à la quille fidèlement boulonnée pour donner corps à un tout, un ensemble flottant offert en pâture au flot d’une mer s’offrant sous ses plus beaux atours de déesse sauvage.
Car, comme nous nous apprêtions à aller le prendre ce ris, j’ai croisé le regard de Charles qui avait repris quelques couleurs et faisait montre d’un petit sourire que je reconnus bien vite : l’émerveillement ! L’émerveillement face à la beauté de cette nature, sans cesse renouvelée, ces lumières invraisemblables dont, seuls, de rares peintres auront pu témoigner.
Avec cette vie marine, du phoque qui se laisse bercer comme s’abandonnerait un enfant dans des bras aimants ; des bonds joyeux des dauphins qui viennent s’en filer la coque et jouer dans les courants, jusqu’à tous ces oiseaux - ces fiers oiseaux - qui dessinent le ciel à coup d’éclairs blancs.
C’est pour cela qu’on est là, à se geler, à se crisper à l’approche de celle qui, plus haute que les autres, impressionne autant qu’elle nous fait vibrer.
C’est pour tout cela. Et même si nous serons très heureux d’être rentrés, à peine le bateau amarré, le froid et l’humidité pinçant encore un petit peu les os, nous aurons déjà envie de repartir.
Comme tous les gens de mer : je le vois, je le sais. De l’ouvrier communal qui, avant se mettre au travail, vient la saluer, jusqu’au pêcheur bourru - voire faussement blasé -, dont la mâchoire éternellement crispée semble rappeler ce cri qu’il poussât à la disparition d’un compagnon de bord ; tous lui accordent ce même amour respectueux, parfois doublé de défiance, voire de démence, quand ils savent qu’ils devront un peu petit compter sur la chance.

Faute de harnais, Charles s’est fixé un petit bout à l’anneau de son gilet qu’il ira faire semblant de nouer au mat pour me rassurer.
Je lui rappelle la manœuvre, pestant un rien de n’avoir tout testé et préparé à quai.
Je jette un coup d’œil au seul petit chalutier que l’on voyait apparaître et disparaître…
Je lofe suffisamment pour déventer la grand-voile et la positionner dans l’axe du bateau, tout en gardant de l’appui sur le génois.
Le gréement est bien pensé, tout est fonctionnel et, à part un problème de hauteur de bôme, la manœuvre se passe assez facilement.

Je tente de reprendre le cap droit sur les Héaux de Bréhat à partir d’où je me dis que « je vais reconnaître ».
Bon Dieu que c’est inconfortable ! Même si la houle de courant s’est bien calmée, la mer, elle, garde en mémoire tous les coups de vents de ces derniers jours.
J’avais demandé à Charles de lâcher le frein de bôme pour pouvoir plus facilement régler les voiles selon cap et le vent qui devient variable et tressautant. Il faut à chaque fois prévoir le coup le barre dans le vide pour ne pas empanner accidentellement. Le génois est souvent déventé, le ciseaux pas stable pour un sous. On avance pas.
Tout-à-coup je me dis « mais oui, mais bien sûr ».
Pourtant, au grand portant, j’utilise cette technique assez souvent, en équipage réduit ou « dans une mer plus formée que la force du vent » (je me comprends, hihi)…
- Charles, on va affaler la grand voile.
Manœuvre facile, lazy-jack et touti, décidément, j’aime ce bateau.
C’est le paradis, on envoie tout le génois, plus qu’une écoute et un rail à régler, on file à sept huit voire neuf nœuds sous génois seul, un bateau facile à barrer.
Juste cet œil dans le dos qu’il faut conserver...
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Padélis-Célakélos
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Re: Récit pour les soirées d'hiver-Saint Erwan

Message non lu par Padélis-Célakélos »

saintroch a écrit : 01 févr. 2021 14:03 - Charles, on va affaler la grand voile.
Puis-je me permettre une digression ?
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Re: Récit pour les soirées d'hiver-Saint Erwan

Message non lu par saintroch »

Padélis-Célakélos a écrit : 01 févr. 2021 15:44
saintroch a écrit : 01 févr. 2021 14:03 - Charles, on va affaler la grand voile.
Puis-je me permettre une digression ?
Ben voyons, certes! C'est à cela aussi que servent ces fils!
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Re: Récit pour les soirées d'hiver-Saint Erwan

Message non lu par Padélis-Célakélos »

Mode pinailleur : ON
Hors donc,
le fait de naviguer sous génois seul, surtout aux allures arrivées et dans une mer bien formée présente un danger réel pour le mat :shock:
En effet, il n'est plus tenu en arrière par la grand voile et en tapant la vague, il peut se produire un phénomène de pompage du mat vers l'avant.
Ce pompage peut être accentué dans le cas de barres de flèches dans l'axe,ce qui est ton cas, il me semble .
C'est un risque réel de chute de la perche.
L'idéal est de conserver sa grand voile hissée et arrisée au max.
Je sais que naviguer sous génois seul dans les conditions que tu indiques est une chose très fréquente, confortable et même enseignée par certaines écoles de voile hauturière, mais ce qu'il faut savoir, c'est que ces bateaux hauturiers sont souvent équipés de basses bastaques, ou de fausses bastaques ou encore de bas haubans doubles, ce qui bloque le mat.
Désolé pour cette digression.
Mode pinailleur : OFF
:tchin:
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Re: Récit pour les soirées d'hiver-Saint Erwan

Message non lu par to »

C'est risqué malgré le pataras :?:

J'adore lire ces histoires, des prises de ris au pied de mât, les soucis d'empannage ou de foc déventé par la GV. Toutes ces choses que je ne connaîtrais pas avec ma voile de jonque 8) :smt111
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Re: Récit pour les soirées d'hiver-Saint Erwan

Message non lu par saintroch »

Pour ce pinailleur de Padélis:
Oui, je vois bien ce que tu veux dire et je te rejoins volontiers dans ton avis.
J'ai d'ailleurs été plusieurs fois tâter la tension du pataras qui était ferme mais souple: du pataras double d'ailleurs, ce qui rassure un brin.
Pas de bastaques en effet, mais bien deux bas-hauban, un avant un arrière. J'ai déjà fait hurler des gréements, par maladresse ou en forçant mais, en l’occurrence, je n'avais aucune sensation de lui faire prendre un risque.

Ah commandant To: je navigue souvent avec un ami sur un cata de type Wharram avec deux voiles de jonques parallèles sur wishbone, que l'on sort au quart, au tiers ou complètement aussi facilement que de mettre ou enlever un pantalon: oui c'est un plaisir!
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Re: Récit pour les soirées d'hiver-Saint Erwan

Message non lu par to »

Alors si tu as déjà navigué sur Pha ou Grand Pha, tu as déjà plus d'expérience en jonque que moi ! Mais j'espère rattrapé mon retard cette année :D
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